Une jeune femme aux cheveux étrangement roses s'assit gracieusement sur le canapé d'un vieux bar. Devant elle, un homme plus âgé la contemplait. La jeune femme se donna quelques secondes de son précieux temps pour le détailler.
-Tu as vieilli, dit-elle en regardant plus attentivement son visage, maintenant, tu as des rides.
Le vieil homme sourit.
-En effet, j'ai vieilli. Toi, par contre, je te trouve magnifique !
-Ah, fit-elle simplement. En même temps, depuis le temps qu'on ne s'est vu, c'est normal...
La commande arriva, le vieil homme prit de sa main frêle sa tasse de café et la porta à sa bouche. La jeune femme fixait rêveusement la fenêtre du café.
-Et je suppose qu'une jeune fille de ton âge doit avoir des projets pour plus tard.
-Pas vraiment...
-Ce que je dis n'a pas l'air de te passionner, fit-il remarquer.
-Si tu veux tout savoir, commença-t-elle agacée, je n'ai pas vraiment de but, j'adhère juste à avoir une vie tranquille, un mari plutôt riche, gentil et qui ne m'embêtera pas, puis mourir tranquille..., déclara-t-elle en haussant les épaules. Et le plus tôt sera le mieux, souffla-t-elle.
Le vieil homme s'arrêta de siroter son café pour reporter son attention sur la jeune femme présente devant lui.
-Es-tu amoureuse ? demanda-t-il curieusement.
-Moi ?! Amoureuse ?! répliqua la jeune fille, indignée que ce vieil homme la prenne pour une simple adolescente stupide qui tombait amoureuse de n'importe qui.
-Oui, toi, dit-il, amusé par le comportement de la jeune femme.
-Bien sûr que non ! s'écria-t-elle.
-Alors, as-tu déjà été amoureuse ?
La jeune femme marqua un temps, ses magnifiques yeux émeraude continuaient de fixer l'extérieur du bar. Mais l'expression de son visage avait changé, on sentait de la nostalgie dans son regard, ce qui n'échappa pas au vieil homme.
-En effet, souffla-t-elle. Une fois..., continua-t-elle, rêveuse.
-Alors ? demanda t-il en souriant, ça fait quel effet ?
De nouveau, la jeune femme marqua un temps, son regard s'était à présent fixé sur cet homme assis en face d'elle. Son regard était devenu dur, elle n'aimait pas que l'on fouille dans sa vie, elle n'aimait pas dévoiler ses sentiments, mais, comme tout humain, elle en avait besoin.
-L'amour m'enferme dans de futiles désuétudes où rien n'importe à part le fait d'être avec la personne aimée. Je n'aime pas être dépendante de quelqu'un, je n'aime pas me sentir prise au piège, enfermée. J'ai besoin de liberté. Et l'amour me tue.
Sa voix avait été dure, ses souvenirs passés l'avaient rattrapée.
-Ne disais-tu pas vouloir mourir vite ? dit-il en gardant les yeux dans son café, mais arborant un grand sourire.
La jeune femme prit un air étonné. Elle avait dû penser trop fort. Son air étonné s'en alla vite, reprenant son air habituellement stoïque, mais arborant tout de même un inqualifiable sourire.
Elle regarda l'homme de ses yeux émeraude et dit d'une voix douce où l'on pouvait déceler une pointe de malice et d'intelligence.
-Ah, fit-elle, alors je vais me dépêcher de le retrouver, cet abruti qui, à lui seul, fait battre mon c½ur.